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"La vie côte farce ou l'art du fou (1)"

  • Photo du rédacteur: La Compagnie des Grands Enfants
    La Compagnie des Grands Enfants
  • 30 juin
  • 2 min de lecture

Quelle différence entre farce et satire ?


Certains sites disent que « la farce est satirique, mais échappe à la censure car elle fait rire les gens ». Est-ce à dire que la satire ne fait pas rire ? Bien sûr, c'est plus compliqué que ça...


On pourrait comparer cette différence avec celle entre le clown et le bouffon : le clown fait rire de lui, le bouffon fait rire des autres... Le clown est la vertu, le bouffon est le vice... Bien sûr, c'est plus compliqué que ça...


Et puis, il n'y a pas qu'un rire...


Les cours ados/adultes de La Compagnie des Grands Enfants saison 2025-2026 exploraient la farce théâtrale à travers 3 pièces différentes, mais néanmoins cousines de part l'univers commun qu'elles traitaient :


Tout d'abord : « C'était mieux avant » d'Emmanuel Darley

Sous forme farcesque, cette pièce décortique les ressorts de l'émergence et la mise en place d'un pouvoir totalitaire et « réac ». Comme souvent, la prise de pouvoir résulte de la manipulation par des « requins » d'un homme naïf, sincère, qui séduit les foules justement par sa sincérité. On rejoint ainsi le « Mr Smith au sénat » de Frank Capra. Une fois le pouvoir obtenu, les requins continuent à manipuler cet homme comme un pantin, se cachant derrière lui et lui rejetant la faute dessus en cas d’échec.


Tout le talent d'Emmanuel Darley réside dans l'utilisation de la forme farcesque : elle grossit le trait démesurément et provoque le rire tellement c'est énorme (certaines scènes sont quasi boulevardières). Mais le propos est toujours présent en arrière-plan. On rit, certes, on ne peut pas s'en empêcher parce que c'est très bien écrit, avec beaucoup de rythme, mais c'est à double tranchant.


Toute la farce (en tout cas la farce contemporaine, pas celle du moyen-âge) est là : faire rire d'un sujet noir, mais sans que le rire ne l'occulte. Dans « C'était mieux avant », Raoul Jambon est un chômeur dépressif. Sacrifié sur l'autel du capitalisme de son entreprise , qui le remplace par un plus jeune (donc moins cher) et plus malléable, il est au fond du trou et bascule dans la folie.


Toute la difficulté de la pièce réside surtout dans le tempo-rythme : il faut jouer vite (la construction de la pièce joue beaucoup sur l'ellipse temporelle), en sachant préserver des moments de rupture. En tout cas c'est comme ça que nous l'avons travaillée. A cet égard, le personnage du chœur est très important : il n'est pas humain, il représente la folie du personnage, la rumeur publique, tout ce qui est invisible mais indispensable. Sans lui, la pièce n'a plus d'intérêt et bascule dans une comédie boulevardière, qui ne reflète pas le propos créatif de l'auteur.


Gros défi donc pour les élèves : créer les personnages (donc les comprendre à travers leur personnalité et leurs motivations), mais également, une fois cette étape franchie, arrêter de penser pour ne focaliser que sur le rythme. Le rythme devant être un tremplin pour l'émotion. Certains y sont arrivés, d'autres moins, d'autres pas ... ce n'est pas le plus important. Un cours est un laboratoire : on apprend, on cherche, on teste, on y arrive, on n'y arrive pas... mais de toute façon en fin de saison, le chemin nous a grandi...

 
 
 

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