la vie cote farce ou l'art du fou (3)
- La Compagnie des Grands Enfants

- 15 juil.
- 3 min de lecture
LA VIE COTE FA(R)CE OU L'ART DU FOU (3)
Sans transition, hormis un changement de plateau permettant un rapport bi-frontal, « La vie côté fa(r)ce » enchaînait avec « Le spectateur condamné à mort » de Mattei Visniec
Le principe de l'Hubris abordé dans Ubu, est là poussé jusqu'au paroxysme. L'auteur (d'origine roumaine) tire à boulets rouges sur les tribunaux staliniens et les procès « pour l'exemple ». On est là sur la mise en place d'un KOMPROMAT : choisir une personne au hasard, l'accuser de tous les maux (alors qu'on ne la connaît même pas) pour la détruire. Mais la vraie cible est évidement le peuple. Ce n'est bien sûr pas un hasard si nous ouvrions avec « Répression » de Trust.
A partir de là, tout est démesuré. Le tribunal est tellement sûr de son pouvoir, il se croît intouchable et en joue-oui (!). Tout y passe jusqu'au grotesque, à l'absurde... L'accusé devient l'ennemi de l'espèce humaine parce qu'il a donné ses habits au vestiaire et que la responsable lui a donné un numéro pair ; les témoins sont des pantins manipulés à volonté pour leur faire dire ce qu'on veut, usant des vérités et contre-vérités alternés pour semer la confusion, on force le public à applaudir (usant d'applaudissements enregistrés si nécessaire) etc... Jusqu'au défenseur qui arrive en retard, montre clairement qu'il ne connaît pas le dossier, s'en moque complètement et réclame lui-même la tête de son « client ». Le procès pourrait ne pas avoir lieu, cela reviendrait au même... Mais comme le dit le juge dès le départ : « ce n'est pas rigolo si on respecte pas la loi ». Il s'agit donc d'un jeu, macabre, certes, mais un jeu et rien que ça.
Pour autant, si le sujet est noir, il ne s'agissait surtout pas de le traiter au 1er degré, sinon nous rations la cible et nous ne travaillions plus sur la farce. La démesure était donc de rigueur pour lâcher prise au maximum et prendre le public par surprise. Après 2 pièces vues en situation de « théâtre à l'italienne » classique, il fallait à présent tout bouleverser, lâcher les chevaux, créer un ouragan, un tourbillon qui emporte tout sur son passage et déclenche l'émotion du public. Une pure farce ! Un jeu théâtral qui grossit le trait démesurément et provoque le rire. Mais c'est à double tranchant.
Le tribunal monte en crescendo jusqu'au moment où il va trop loin et où la situation se renverse. Le peuple finit par se rebeller et décide d'aller chercher un clochard aveugle (quel symbole si on prend en compte l'expression qui dit que la justice est aveugle!) pour faire tomber la dictature (au son des tambours qui annoncent le jugement) et restaurer la république. Patti Smith termine donc logiquement avec « People have the power ».
Pari difficile donc cette année pour les élèves mais très théâtral et enrichissant (en tout cas nous l'espérons !), car nous sommes quand même bien dans le principe d'un cours, où l'on se trouve pour apprendre, et on apprend en se frottant à la difficulté. Le but n'étant pas forcément de réussir (même si c'est mieux bien sûr) mais d'évoluer. Sur un principe très oriental finalement : le but n'est pas d'arriver au point B après être parti du point A, mais tout ce qui s'est passé sur le chemin et nous a fait grandir....



Commentaires