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LA VIE COTE FARCE OU L'ART DU FOU (2)

  • Photo du rédacteur: La Compagnie des Grands Enfants
    La Compagnie des Grands Enfants
  • 15 juil.
  • 2 min de lecture

Dans la continuité de « C'était mieux avant », « La vie côté fa(r)ce » poursuivait son exploration avec « Ubu Roi » d'Alfred Jarry.


Largement la plus connue des 3 pièces présentées, « Ubu Roi » évoque elle aussi un régime totalitaire sous forme farcesque. Ubu est un benêt, qui se fait manipuler. Sauf que dans ce cas, le requin avide de pouvoir n'est autre que sa propre femme : la Mère Ubu pousse son mari à assassiner le Roi Venceslas (et sa descendance) pour devenir Reine de Pologne.


L'énorme différence avec Raoul Jambon c'est que là, le Père Ubu, une fois devenu roi, se prend au jeu et se laisse envahir par l'« hubris ». La créature dépasse son créateur.


Alfred Jarry décrit des personnages grotesques, énormes, qui agissent comme des enfants. Le Père Ubu n'est lui-même rien d'autre qu'un enfant grossier, « materné » (la scène d'ouverture est assez claire à ce propos, il est sermonné comme un vilain garçon qui aurait fait une bêtise) et manipulé par sa femme. De la même façon qu'un enfant, il invente son propre langage (« oneilles » » pour « oreilles » ; « phynances » au lieu de « finances ») et ses jurons (« merdre », « cornegidouille »... )

Mais c'est une des caractéristiques de la farce théâtrale que d'inventer un langage : « Ubu Roi » donc ; dans « C'était mieux avant » Emmanuel Darley tord les mots et les expressions et parodie ainsi la langue de bois des hommes politiques ; et l'invention va encore plus loin dans « Le Saperleau » de Gildas Bourdet (pièce un temps envisagée mais finalement non incluse dans le répertoire)


Pour ce qui concerne l'hubris, en préambule du « Spectateur condamné à mort » (qui pousse cet état à son paroxysme et venait conclure le spectacle de manière explosive), « Ubu Roi » était donc la pièce idéale. Dans « C'était mieux avant », Raoul Jambon obtient le pouvoir mais très rapidement s'en fait déposséder. Ubu, lui, l'exerce et en jouit, allant jusqu'à « décerveler » ses opposants.


Pour accentuer le côté « farcesque » (qui est déjà bien présent quand même), et surtout permettre aux élèves de lâcher prise et sortir d'eux-mêmes, la mise en scène privilégiait l'utilisation du travestissement (hommes en femmes / femmes en hommes) comme des enfants qui aiment se déguiser. Mais si pour des enfants qui jouent au théâtre, le déguisement est assez naturel (enfin la plupart, il ne faut pas généraliser), pour des adultes habitués à raisonner et qui ne peuvent s'empêcher de regarder et de se juger au lieu de tout simplement jouer (enfin la plupart, il ne faut pas généraliser), c'est beaucoup plus difficile. Mais c'était bien là le propos du cours de cette année : explorer l'outil de la farce théâtrale pour apprendre à lâcher prise, et prendre plaisir au jeu tout en racontant quelque de fort ...


 
 
 

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